Qui doit décider quoi dans une PME quand production et ADV se contredisent ?

Bonjour,

Je dirige une PME industrielle d’une quarantaine de salariés. Depuis quelques mois je me retrouve régulièrement à devoir arbitrer entre mon responsable production et ma responsable ADV / supply sur les priorités.

Le problème est surtout sur les urgences clients et le planning de production. L’ADV veut pouvoir avancer certaines commandes pour tenir les engagements, la production refuse quand ça met trop le bazar dans l’atelier. Au final chacun a de bons arguments mais dès qu’ils ne sont pas d’accord ça remonte jusqu’à moi.

Le pire étant que les équipes commencent parfois à aller directement voir l’un ou l’autre selon la réponse qu’elles veulent obtenir.

Je ne pense pas que ce soit un conflit de personnes, ils travaillent plutôt bien ensemble sinon. Mais je me demande si on n’a pas simplement mal défini qui décide quoi.

Est-ce qu’il faut donner le dernier mot à l’un des deux ? Formaliser des règles ? Revoir l’organisation ? Je voudrais éviter de rajouter des procédures partout si le problème est juste qu’on n’a jamais vraiment posé le cadre.

Merci, cordialement

Vous avez une question sur un sujet similaire ?

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À vous lire, je ne chercherais pas d’abord à savoir qui a tort ou qui a raison.

Parce que, dans ce genre de situation, les deux fonctions ont souvent de bonnes raisons de défendre leur position.

La production cherche à préserver un planning cohérent, une charge réaliste et un fonctionnement stable de l’atelier.

L’ADV cherche à tenir les engagements pris auprès des clients et à gérer les urgences.

Le problème commence quand ces deux logiques se rencontrent et que, faute de règle claire, la décision remonte systématiquement à la direction.

C’est là que je regarderais en priorité. Le fonctionnement réel.

Concrètement, je poserais cinq questions :

  • Qui peut modifier le planning de production ?

  • Dans quels cas ?

  • Selon quels critères une demande client devient-elle prioritaire ?

  • Qui mesure l’impact d’un changement sur les autres commandes ?

  • À partir de quel niveau le sujet doit-il remonter à la direction ?

Si ces réponses ne sont pas claires et partagées, vous avez déjà une bonne partie du problème sous les yeux.

C’est exactement pour cela que les rôles et responsabilités dans l’entreprise doivent être définis au-delà des intitulés de poste.

Un responsable peut très bien savoir ce qu’il doit faire, tout en ne sachant pas jusqu’où va son pouvoir de décision.

Et c’est souvent là que les ennuis commencent.

Je serais également prudent avec l’idée de donner « le dernier mot » à l’un des deux. C’est simple sur le papier. Mais simple ne veut pas toujours dire intelligent.

Si la production a toujours le dernier mot, vous risquez de rigidifier l’entreprise et de transformer le planning en règle sacrée, même quand un enjeu client justifierait un écart.

Si l’ADV a toujours le dernier mot, vous risquez l’effet inverse : chaque urgence commerciale devient une bonne raison de désorganiser l’atelier.

Vous n’avez probablement pas besoin d’un chef de plus. Vous avez besoin de critères d’arbitrage.

Par exemple, une « urgence client », ça veut dire quoi chez vous ?

  • Un risque réel de rupture chez le client ;

  • Un engagement contractuel ;

  • Un retard dont votre entreprise est responsable ;

  • Un client stratégique ;

  • Une demande de confort pour être livré plus tôt.

On mélange souvent tout ça sous le même mot et forcément, derrière, les décisions deviennent bancales.

Même chose côté production. Quand la production répond « ce n’est pas possible », il faut traduire cette phrase.

Impossible techniquement ?

Impossible dans les délais actuels ?

Possible mais avec un coût ?

Possible mais en décalant une autre commande ?

Possible mais avec un risque sur la qualité ou la charge ?

Une décision devient beaucoup plus simple quand les conséquences sont explicites.

« Il faut avancer cette commande » contre « ça va désorganiser la production », c’est une discussion stérile.

« Si on avance cette commande de cinq jours, on décale telle autre livraison, on ajoute deux changements de série et on augmente la charge de telle équipe », là, vous pouvez arbitrer.

C’est aussi pour cette raison qu’un travail sur les processus d’entreprise peut être utile.

Pas pour ajouter de la procédure.

Pour rendre la décision plus lisible.

Je serais aussi attentif à un autre point dans ce que vous décrivez : le fait que les équipes commencent à contourner les responsables selon la réponse qu’elles espèrent obtenir.

Ça, il faut le traiter.

Parce qu’à ce moment-là, le problème ne concerne plus seulement deux fonctions.

Il commence à contaminer le fonctionnement collectif.

Et il ne faut pas forcément y voir de la mauvaise volonté.

Quand deux personnes peuvent donner deux réponses différentes, les équipes utilisent naturellement le chemin qui fonctionne le mieux pour elles.

Le flou organisationnel fabrique lui-même les contournements.

La bonne réponse n’est donc pas de rappeler tout le monde à l’ordre tous les lundis matin.

La bonne réponse est de fermer les zones grises.

  • Qui peut demander quoi ?
  • Qui valide ?
  • Qui tranche ?
  • Dans quelles limites ?
  • Et quand est-ce que la direction doit vraiment intervenir ?

À ce stade, je ne referais pas toute l’organisation. Je commencerais petit.

Prenez les dix derniers arbitrages qui sont remontés jusqu’à vous. Pour chacun, notez :

  • Quelle décision devait être prise ;

  • Pourquoi elle n’a pas pu être prise sans vous ;

  • Quelle information manquait ;

  • Quelle règle aurait permis de trancher ;

  • Et si le problème venait réellement d’une personne ou du cadre de fonctionnement.

Au bout de dix cas, il y a de fortes chances que des motifs reviennent.

C’est là que vous trouverez les vrais sujets. Peut-être un problème de rôle. Peut-être un problème de processus. Peut-être une absence de règle de priorité. Peut-être un problème de circulation de l’information. Et peut-être aussi, parfois, un vrai problème de posture managériale.

Mais je ne commencerais pas par cette conclusion.

On accuse assez facilement les personnes de dysfonctionnements qui ont été fabriqués par l’organisation.

Dans votre cas, mon hypothèse de départ serait donc la suivante :

vous n’avez probablement pas un conflit à régler entre deux responsables. Vous avez une zone de décision qui n’a jamais été formalisée correctement.

Et tant que cette zone restera floue, quelqu’un devra arbitrer.

Pour l’instant, ce quelqu’un, c’est vous.

Si votre objectif est de continuer à grandir sans devenir le passage obligé de chaque décision, c’est précisément ce qu’il faut corriger.

Réponse rédigée par :

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Thierry Lagrange Gouvernance et performance durable
Thierry accompagne les organisations dans leurs projets de transformation, de management et de performance durable.

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