Ma TPE risque de fermer : comment savoir s’il faut continuer ou arrêter ?

Bonjour,

Je suis tombé sur votre site et je vous écris un peu en désespoir de cause (et je regrette de ne sûrement pas pouvoir m’offrir vos services).

Je dirige une entreprise de métallerie de 8 salariés et je commence à me demander sérieusement si nous pouvons continuer…

Nous avons du travail et environ trois mois de carnet de commandes, mais nous avons perdu de l’argent l’année dernière et la trésorerie devient très tendue avec le contexte actuel. Par ailleurs nous avons eu plusieurs chantiers qui ont largement dépassé les heures prévues et je ne sais plus vraiment lesquels sont encore rentables.

Mon expert-comptable me dit qu’il faut maintenant envisager plusieurs scénarios rapidement parce que si rien ne change, nous pourrions avoir de grosses difficultés dans les prochains mois…

Je peux éventuellement remettre de l’argent personnel dans l’entreprise, mais je ne veux pas injecter nos économies simplement pour repousser le problème de six mois. Comment savoir s’il faut encore essayer de la sauver ?

Je vous remercie

Vous avez une question sur un sujet similaire ?

N'hésitez pas à nous la poser : l'un de nos consultants vous répondra dans un article dédié.

Merci pour votre message, malheureusement, avec les éléments que vous nous fournissez, je ne pourrais évidemment pas vous dire sérieusement s’il faut continuer ou arrêter. Il manque trop d’informations sur votre trésorerie, vos dettes, vos marges réelles, vos engagements en cours et surtout votre capacité à corriger rapidement ce qui dégrade aujourd’hui le résultat.

En revanche, je pense que vous avez raison de vous poser la question maintenant, avant d’injecter de l’argent personnel.

Parce que remettre 30 000 ou 40 000 euros dans l’entreprise n’a de sens que si cet argent finance un retour vers un fonctionnement viable. S’il sert simplement à payer quelques mois supplémentaires de pertes sans que le modèle change, vous n’aurez pas résolu le problème. Vous l’aurez financé un peu plus longtemps.

Et dans votre situation, j’essaierais donc d’abord de répondre à une question assez froide : si on enlève momentanément le problème de trésorerie, est-ce que l’activité elle-même peut encore gagner de l’argent ?

Il faut d’abord comprendre pourquoi une entreprise qui travaille perd de l’argent

Vous avez du carnet de commandes, vos équipes sont occupées et vous facturez. Cela signifie que votre difficulté ne vient pas uniquement d’un manque d’activité.

Il faut donc regarder ce qui se passe entre la commande signée et le résultat qui reste à la fin.

Dans ce que vous décrivez, plusieurs causes possibles apparaissent déjà : des devis peut-être trop bas, des heures mal estimées, des dépassements importants, du SAV, des reprises, des hausses de coûts mal répercutées et des chantiers dont la rentabilité réelle n’est pas connue.

Je commencerais par les dix ou quinze derniers chantiers significatifs.

Pour chacun, je reconstruirais simplement :

  • prix vendu ;
  • matières prévues et réellement consommées ;
  • heures prévues et réellement consommées ;
  • sous-traitance ;
  • transports ou locations particulières ;
  • reprises et SAV ;
  • éventuelles modifications non refacturées.

Pas besoin de fabriquer immédiatement une comptabilité analytique extrêmement sophistiquée. Vous avez d’abord besoin de voir où la marge disparaît.

Si vous découvrez que deux ou trois erreurs exceptionnelles expliquent l’essentiel de la perte, la lecture sera très différente de celle où la majorité des chantiers sont structurellement sous-chiffrés.

Il faut distinguer accident, dérive et modèle devenu non rentable

C’est probablement l’arbitrage le plus important.

Vous pouvez être dans un premier cas : l’entreprise est fondamentalement saine mais a encaissé plusieurs mauvaises affaires en peu de temps. Deux chantiers très mal maîtrisés, un impayé, une erreur importante peuvent suffire à dégrader fortement une année dans une petite structure.

Vous pouvez être dans un deuxième cas : le métier reste rentable, mais l’entreprise fonctionne mal. Les devis sont corrects, mais les temps dérivent, les reprises s’accumulent, les achats sont mal maîtrisés ou le suivi des chantiers est insuffisant. Là, il y a un vrai travail d’efficacité opérationnelle à mener. C’est précisément le type de sujet traité lorsqu’on cherche à maximiser l’efficacité opérationnelle d’une TPE ou PME.

Et puis il existe un troisième cas, plus difficile : les prix auxquels vous arrivez à vendre ne permettent plus de couvrir durablement vos coûts. Même avec une organisation correcte, certains marchés ou prestations ne laissent tout simplement plus assez de marge.

Ces trois situations peuvent donner exactement le même symptôme comptable.

Elles n’appellent absolument pas la même décision.

Je regarderais immédiatement si les prochains chantiers vont améliorer ou aggraver la situation

C’est un point crucial parce que vous avez encore trois mois de carnet.

Un carnet de commandes n’est pas forcément une bonne nouvelle s’il contient des affaires vendues trop bas.

Je regarderais donc les commandes déjà signées et je les classerais rapidement selon leur rentabilité probable.

Certaines peuvent être bonnes.

Certaines peuvent être fragiles.

Et certaines peuvent peut-être déjà être identifiées comme dangereuses.

Le but est d’éviter de vous dire : « il faut produire au maximum pour générer du cash », alors qu’en pratique chaque chantier supplémentaire pourrait consommer plus de trésorerie qu’il n’en recrée.

Ça arrive plus souvent qu’on ne le croit dans les petites structures.

Produire du chiffre d’affaires n’améliore pas automatiquement la trésorerie si vous avancez beaucoup de matières, de salaires et de charges avant l’encaissement, avec une marge trop faible derrière.

La trésorerie doit être regardée semaine par semaine, pas seulement mois par mois

À ce stade, je passerais aussi sur un suivi de trésorerie beaucoup plus rapproché.

Pas uniquement le solde bancaire.

Je voudrais voir ce qui entre et ce qui sort réellement dans les prochaines semaines :

  • encaissements clients attendus ;
  • salaires ;
  • charges ;
  • fournisseurs ;
  • loyers et financements ;
  • remboursements ;
  • investissements ;
  • TVA et échéances fiscales ;
  • éventuelles dépenses exceptionnelles.

Vous devez savoir combien de semaines de marge de manoeuvre il vous reste selon plusieurs hypothèses d’encaissement.

Et surtout, ne pas compter comme acquis un paiement qui est contesté ou incertain.

Vos 28 000 euros encore dus par le promoteur en sont un bon exemple. Tant que l’encaissement n’est pas sécurisé, je ne construirais pas votre survie financière dessus comme s’il était déjà sur le compte.

C’est justement là qu’une démarche de pilotage et de gestion de l’entreprise devient beaucoup plus importante que le simple constat comptable annuel : il faut disposer des informations au moment où elles peuvent encore modifier une décision.

Je serais extrêmement prudent avant d’injecter votre épargne personnelle

Si vous remettez 40 000 euros aujourd’hui, qu’est-ce qui sera différent dans six mois ?

Si la réponse est essentiellement « on aura eu le temps de finir les chantiers », je serais inquiet.

Si vous êtes capable de dire : « nous aurons arrêté telle activité déficitaire, augmenté certains prix, modifié notre méthode de chiffrage, réduit tel coût, sécurisé tel encaissement et nous savons que les nouvelles commandes dégagent telle marge », alors l’injection peut commencer à être analysée différemment.

L’argent personnel ne devrait pas être utilisé comme un anesthésiant de trésorerie.

Il doit financer un scénario précis, avec des hypothèses, des actions et une date à laquelle vous vérifiez si elles fonctionnent.

Et j’ajouterais une limite claire au départ : combien êtes-vous prêt à risquer personnellement sans mettre en difficulté votre famille ?

Cette limite doit être décidée avant l’injection.

Pas trois mois plus tard, lorsque les premiers 20 000 euros auront disparu et qu’il semblera psychologiquement logique d’en remettre 20 000 pour « ne pas perdre les premiers ».

Réduire les effectifs n’est pas nécessairement la première décision à prendre

Quand la trésorerie se tend, la masse salariale devient naturellement très visible.

Mais je serais prudent avec une réduction d’effectif immédiate si vous ne savez pas encore d’où viennent vos pertes.

Si vos équipes sont déjà très chargées et que vos chantiers dérapent justement parce que l’entreprise manque de préparation, de suivi ou de compétences disponibles, retirer une personne peut encore aggraver les dépassements.

À l’inverse, si votre capacité est durablement trop importante pour le niveau d’activité rentable que vous pouvez conserver, la question devra évidemment être posée.

Je regarderais donc d’abord l’organisation réelle de la charge : qui produit quoi, quelle capacité vous avez besoin de maintenir, où sont les temps non productifs, quelles compétences sont indispensables et quelles activités vous souhaitez continuer à vendre.

Ce diagnostic rejoint directement le travail que l’on peut faire sur l’organisation et les responsabilités dans l’entreprise : avant de retirer des ressources, il faut savoir quelles ressources servent réellement le modèle que l’on veut sauver.

Augmenter tous les prix de 10 % me paraît également trop simple

Peut-être que certains prix doivent augmenter de 10 %.

D’autres de 20 %.

Et certains chantiers doivent peut-être simplement être refusés.

Si vous appliquez une hausse uniforme sans comprendre vos marges, vous risquez de devenir trop cher sur vos affaires saines tout en restant trop bas sur celles qui vous font perdre de l’argent.

Je regarderais donc les familles de prestations.

Sur quelles affaires êtes-vous régulièrement bon ?

Sur lesquelles dépassez-vous presque systématiquement ?

Quels clients négocient le plus ?

Quels types de chantiers génèrent des reprises ?

Quel niveau de marge minimale devez-vous désormais exiger avant d’accepter une commande ?

C’est là que la gestion des risques et de l’incertitude devient très concrète : vous ne pouvez probablement plus accepter certaines affaires uniquement parce qu’elles permettent de remplir le carnet.

Je construirais trois scénarios très rapidement

Je ne passerais pas trois mois à analyser avant de décider. Avec une trésorerie tendue à quelques mois, vous n’avez probablement pas ce luxe.

Je poserais trois scénarios.

Scénario 1 – Redressement rapide

L’activité est fondamentalement viable. Vous identifiez quelques causes précises aux pertes et elles peuvent être corrigées rapidement : prix, chiffrage, suivi des heures, recouvrement, arrêt de quelques prestations, réduction de certains coûts.

Dans ce scénario, il faut chiffrer le besoin de trésorerie nécessaire pour franchir les prochains mois et la date à laquelle l’entreprise doit revenir à l’équilibre.

Scénario 2 – Restructuration plus profonde

Le coeur d’activité peut être viable, mais pas avec le fonctionnement actuel. Il faut réduire certaines activités, modifier l’organisation, éventuellement revoir les effectifs ou céder certains équipements.

Ce scénario prend plus de temps et nécessite davantage de trésorerie. Il doit donc être regardé avec encore plus de prudence.

Scénario 3 – Arrêt ou traitement de la difficulté avant que la situation ne se dégrade davantage

Si vous constatez que les affaires futures restent déficitaires, que la trésorerie nécessaire devient disproportionnée et que vous n’avez pas de trajectoire crédible de retour à l’équilibre, continuer peut simplement augmenter les pertes.

Et dans ce cas, arrêter de manière organisée peut être une décision de dirigeant beaucoup plus responsable que continuer jusqu’au dernier euro disponible.

Il y a aussi un point sur lequel je serais très clair : ne restez pas seul avec la question juridique et financière

Vous indiquez que votre expert-comptable commence à évoquer des procédures possibles.

À partir du moment où la trésorerie devient suffisamment tendue pour poser la question de votre capacité à faire face aux échéances, il faut traiter ce volet immédiatement avec votre expert-comptable et, si nécessaire, un avocat ou un professionnel spécialisé dans les entreprises en difficulté.

Etico peut vous aider à travailler le modèle économique, l’organisation, les marges, les priorités ou les scénarios de redressement. Cela s’inscrit bien dans notre démarche d’accompagnement.

Mais les obligations légales liées à une éventuelle cessation des paiements ou les procédures collectives relèvent de professionnels compétents sur ces sujets, et les délais éventuels ne doivent surtout pas être laissés passer pendant que vous essayez encore d’améliorer les opérations.

Sur ce point, je n’attendrais pas.

Le critère qui m’aiderait à décider

Je ne chercherais pas à répondre aujourd’hui : « est-ce que cette entreprise mérite d’être sauvée ? »

Je chercherais une réponse beaucoup plus mesurable : pouvez-vous construire un scénario crédible dans lequel, dans six mois, l’entreprise gagne de nouveau de l’argent sans nécessiter une nouvelle injection personnelle ?

Ce scénario doit reposer sur des hypothèses que vous pouvez défendre : prix réellement vendables, niveaux de marge observés, carnets de commandes connus, coûts corrigés et actions réalisables dans le temps dont vous disposez.

S’il existe, alors il est probablement rationnel d’étudier sérieusement comment financer et mettre en oeuvre le redressement.

S’il n’existe qu’à condition que tout se passe parfaitement, que tous les clients paient immédiatement, qu’aucun chantier ne dépasse et que vous remettiez régulièrement de l’argent, je considérerais que le risque personnel devient très élevé.

Et s’il n’existe pas du tout, la bonne décision peut être de protéger ce qui peut encore l’être au lieu d’essayer de sauver à tout prix une activité qui continue à détruire de la valeur.

C’est une décision difficile, évidemment. Mais plus elle est prise tard, moins le dirigeant possède généralement d’options.

Dans votre situation, je consacrerais donc les prochains jours, pas les prochains mois, à produire cette photographie : trésorerie disponible, rentabilité réelle des chantiers, causes des pertes, engagements à venir et trois scénarios chiffrés.

À partir de là seulement, vous pourrez décider si remettre de l’argent dans l’entreprise revient à financer son redressement ou simplement son sursis. Bon courage.

Réponse rédigée par :

OC
Olivier Cowez Direction et transmission d'entreprise
Olivier accompagne les dirigeants dans les périodes où l’entreprise doit se structurer, franchir un cap ou préparer sa continuité.

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